La Cène

Florent Drouin (?)

Cat. 24
Florent Drouin (?) (Nancy, vers 1540 – 1612)
La Cène
Vers 1582
Calcaire polychrome
H. 205 ; L. 316 cm
Inv. D.95.6
Dépôt de la Ville de Nancy, 1863

Placé pendant près de trois siècles dans l’église Saint-Epvre de Nancy, ce grand relief aurait été commandé vers 1582 par Désiré Bourgeois, conseiller d’État et trésorier général des finances du duc Charles III de Lorraine, et son épouse Gertrude Fournier afin d’orner le maître-autel. La résidence des deux époux, l’hôtel de Phalsbourg, se trouvait en effet non loin de l’église, sur la place des Dames. Leur épitaphe fut dressée sur le pilier séparant le chœur du sanctuaire, du côté de l’Évangile, et rappelait leur décès commun en 1584. Comme l’épitaphe, le relief aurait été réalisé, selon Lionnois, par un membre de la famille Drouin que Louis-Antoine Michel proposa d’identifier, en 1829, comme Florent Drouin, sculpteur du duc Charles III depuis 1572. L’attribution de l’œuvre, difficilement comparable avec le monument du cardinal de Vaudémont (cat. 25), traditionnellement donné au même sculpteur, reste néanmoins complexe. Représentant la Cène, le relief faisait partie d’un ordre d’architecture complet comprenant également des statues dans des niches et, dans le registre supérieur, une grande Résurrection du Christ. Les éléments aujourd’hui disparus auraient été déposés en 1759 car ils gênaient le passage dans le chœur. Le roi Stanislas en offrit une réduction en argent pour le maître-autel de l’église Notre-Dame-de-Bonsecours mentionnée par un inventaire de 1752.

Composé de huit blocs de pierre, le relief représente le dernier repas du Christ, au soir du Jeudi Saint. Assis au milieu de ses douze apôtres, Jésus vient de leur annoncer que l’un d’entre d’eux s’apprête à le trahir. Dans une grande agitation, les disciples l’interrogent à tour de rôle pour découvrir l’identité du traître. À l’extrême droite, Judas, visiblement mal à l’aise, porte à la main la bourse reçue pour livrer Jésus. Sur la table en haut relief étaient représentés des pains, un plat, une coupe et un agneau, aujourd’hui disparu. Au dessus du Christ, le sculpteur a placé un dais, que surmontaient à l’origine trois têtes de chérubins, entouré de grands drapés ornementaux à houppes retenus par des rubans. Le relief était partiellement polychrome : il comprenait de l’or sur le dais, les drapés et les vêtements des personnages, du bleu sur le fond et sur certains éléments textiles, ainsi que du blanc. Les carnations et les chevelures étaient également peintes au naturel. Recouverte par au moins huit repeints successifs, cette polychromie d’origine reste aujourd’hui en partie visible grâce à la restauration de l’œuvre en 2015. Pour une raison inconnue, les têtes ont été maladroitement retaillées à une époque récente, créant ainsi certaines incohérences de proportion. En 1863, lorsque l’ancienne église Saint-Epvre fut démolie pour laisser place à la basilique actuelle, le relief fut mis à l’abri au palais ducal puis installé vers 1936 dans l’église des Cordeliers.

Pierre-Hippolyte Pénet

 

Historique :

Sans doute commandée vers 1582 pour orner le maître autel de l’église Saint-Epvre par Désiré Bourgeois et sa femme Gertrude Fournier. Déposée au musée en 1863 et installée dans la salle des Tombeaux puis déplacée dans l’église des Cordeliers vers 1936.

Bibliographie :

LIONNOIS (Jean-Jacques), Histoire des villes vieille et neuve de Nancy depuis leur fondation jusqu’en 1788, Nancy, Haener, 1811, t. I, p. 237-238 et 584-585.

MICHEL (Louis-Antoine), Biographie historique et généalogique des hommes marquans de l’ancienne province de Lorraine, Nancy, Hissette, 1829, p. 138.

LEPAGE (Henri), « Une famille de sculpteurs lorrains », Mémoires de la Société d’archéologie lorraine, Nancy, Lepage, 1863, p. 27-74.

WIENER (Lucien), Musée historique lorrain au palais ducal de Nancy, Catalogue des objets d’arts et d’antiquité, Nancy, Wiener, 1887, cat. 6, p. 46.

JERÔME (Léon), L’église Notre-Dame de Bonsecours à Nancy. Notice historique et descriptive, Nancy, Vagner, 1898, p. 84.

PFISTER (Christian), Histoire de Nancy, Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1902, t. I, p. 350.

SIMONIN (Pierre), « La statuaire en Lorraine au temps de Jacques Callot : origines et évolution », L’art en Lorraine au temps de Jacques Callot [cat. exp. Nancy, musée des Beaux-Arts, 13 juin – 14 septembre 1992], Paris, RMN, 1992, p. 103-107.